Un changement climatique devenu crise sanitaire
Oxfam publie un rapport sur l'impact du changement climatique sur la santé. Le rapport d’Oxfam France met en évidence une réalité désormais incontestable : le changement climatique est devenu une crise sanitaire majeure.
La hausse des températures, l’intensification des événements extrêmes et la dégradation des milieux naturels provoquent une augmentation rapide des maladies, des décès et des vulnérabilités sociales. Il ne s’agit plus d’un risque futur, mais d’un phénomène déjà observable dans les services hospitaliers, les établissements médico‑sociaux, les territoires et les populations les plus fragiles.
Les fortes chaleurs constituent la menace la plus visible. Entre 2017 et 2025, elles ont causé en moyenne plus de 5 000 décès par an en France, avec un pic de 6 969 morts en 2022. L’été 2025 a encore confirmé cette tendance, avec 5 722 décès attribuables à la chaleur.
Les épisodes caniculaires provoquent des hyperthermies, des déshydratations, des hyponatrémies, des accidents cardiovasculaires et des complications graves chez les personnes âgées, les enfants, les personnes souffrant de maladies chroniques ou vivant dans des logements mal isolés. Les professionnels de santé observent également une aggravation des symptômes de pathologies comme la sclérose en plaques, la BPCO, l’asthme ou certaines maladies psychiatriques.
Le changement climatique favorise aussi la propagation de maladies infectieuses. Le moustique‑tigre, vecteur du chikungunya et de la dengue, colonise désormais 79 départements contre un seul en 2004. En 2025, la France a recensé plus de cas autochtones de chikungunya que l’ensemble de l’Union européenne en dix ans. Les projections montrent que la période de transmission pourrait augmenter de 92 % à Lyon d’ici 2050 si les émissions continuent d’augmenter.
Les feux de forêt, eux, génèrent une pollution atmosphérique extrêmement toxique. Les particules fines issues des incendies sont dix fois plus nocives que celles du trafic routier. En 2022, les méga‑feux ont émis quatre fois plus de particules fines que tous les poids lourds du pays. Ces fumées aggravent les maladies respiratoires, provoquent des crises d’asthme et augmentent la mortalité.
Enfin, la dérégulation du cycle de l’eau entraîne des inondations, des contaminations de réseaux d’eau potable, des pollutions de zones conchylicoles et une hausse des maladies hydriques. Les sécheresses, de plus en plus fréquentes, fragilisent l’accès à l’eau potable, augmentent la concentration de polluants et menacent les territoires insulaires comme la Polynésie française ou Mayotte.
Des inégalités sociales amplifiées par le climat
Le rapport montre que le changement climatique n’affecte pas toutes les populations de la même manière. Les inégalités sociales, territoriales et de santé se combinent et se renforcent.
Les personnes pauvres sont plus exposées aux îlots de chaleur urbains, aux logements mal isolés, aux zones inondables et à la pollution de l’air. Dans les métropoles françaises, la présence d’arbres est fortement corrélée au revenu médian : les quartiers les plus riches sont systématiquement mieux végétalisés. À Lille, un point de couverture arborée supplémentaire correspond à 306 euros de revenu médian en plus.
Les maladies chroniques, plus fréquentes chez les personnes modestes, augmentent la vulnérabilité face aux fortes chaleurs. Les interactions entre médicaments et chaleur aggravent encore les risques, notamment pour les traitements antihypertenseurs, antidépresseurs ou diurétiques. Parmi les 20 médicaments les plus vendus en France, seuls sept peuvent être stockés sans risque au‑dessus de 30 °C.
Les inégalités de prise en charge aggravent également les risques. Les femmes sont moins bien diagnostiquées pour les AVC et les infarctus, alors même que la chaleur augmente la probabilité de ces événements. Elles sont prises en charge plus tard et en meurent plus souvent. Les personnes en situation de handicap, les enfants, les personnes sans domicile fixe ou les habitants des territoires d’Outre‑mer cumulent des vulnérabilités majeures.
Un système de santé en surchauffe
Alors que les besoins de soins explosent, le système de santé français est fragilisé par des années de tensions financières.
Un quart des lits d’hôpital ont été supprimés depuis 2000, dont plus de 11 000 entre 2020 et 2024. Les effectifs infirmiers ne progressent pas alors que les besoins devraient augmenter de 50 % d’ici 2050. Les bâtiments hospitaliers sont vétustes à 59,5 %, mal isolés et vulnérables aux fortes chaleurs.
Les établissements sont également exposés aux risques climatiques. Trente‑sept pour cent des hôpitaux sont situés en zone inondable, ainsi que 29 % des EHPAD et 27 % des établissements accueillant des personnes en situation de handicap. Les évacuations deviennent plus fréquentes, mobilisent des moyens considérables et perturbent la continuité des soins.
Les infrastructures informatiques, les stocks de médicaments et les équipements hospitaliers sont eux aussi sensibles à la chaleur, à l’humidité et aux coupures d’électricité. Les ruptures de stock de médicaments ont augmenté de 259 % en dix ans, accentuant les tensions.
Des solutions existent : agir sur le climat pour protéger la santé
Le rapport insiste sur un point essentiel : les crises climatique et sanitaire sont liées, mais leurs solutions le sont aussi. Réduire les émissions de gaz à effet de serre permet d’améliorer immédiatement la santé publique, de diminuer la demande de soins et de soulager le système de santé.
La lutte contre la pollution de l’air est un levier majeur. Respecter les seuils de l’OMS permettrait d’éviter 40 000 décès par an. La transition vers des mobilités durables, la réduction du trafic routier, la rénovation énergétique des logements et la végétalisation des villes améliorent la qualité de vie, réduisent les maladies chroniques et protègent les populations vulnérables.
La rénovation thermique des logements est particulièrement efficace. Elle réduit les émissions, protège des fortes chaleurs et permet d’éviter environ 400 euros de coûts de santé par logement rénové.
Le système de santé doit également être adapté : isolation thermique des bâtiments, recours à la géothermie ou à l’eau de mer pour le rafraîchissement, augmentation des effectifs, revalorisation des métiers du soin, renforcement de la prévention, amélioration de l’accès aux soins et lutte contre les discriminations.
Conclusion : une urgence sanitaire, sociale et climatique
Le rapport d’Oxfam France montre que la santé est déjà profondément affectée par le changement climatique. Sans action rapide, les risques augmenteront, les inégalités se creuseront et le système de santé sera dépassé. À l’inverse, agir pour le climat permet de protéger la santé, réduire les dépenses, améliorer la qualité de vie et renforcer la résilience collective.
Source : Oxfam France - Santé et climat : comment le changement climatique menace notre santé ?