Activité des CMPP en 2024
L’édition 2026 des Repères statistiques de la CNSA consacre une analyse approfondie de l’activité des centres médico‑psychopédagogiques (CMPP) en 2024. Cette synthèse met en lumière une dynamique paradoxale : une file active en baisse, mais des accompagnements plus soutenus, avec des durées de suivi qui s’allongent et des prises en charge plus intensives.
1. Une dynamique nationale marquée par la baisse de la file active
L’année 2024 confirme une tendance observée depuis plusieurs années : les CMPP accompagnent moins d’enfants, mais les suivis sont plus soutenus. Selon la CNSA, environ 141 600 enfants et adolescents ont bénéficié d’au moins une intervention dans l’année. Ce recul de 2 % par rapport à 2023 s’inscrit dans une diminution globale de 14 % depuis 2017, alors même que le nombre de structures reste stable.
Cette baisse ne traduit pas une diminution de l’activité. Au contraire, les CMPP maintiennent un volume élevé de séances et d’actes, ce qui montre que les suivis s’allongent et se densifient, ralentissant le renouvellement des places disponibles. En moyenne, un CMPP a accompagné 400 enfants en 2024, mais les écarts entre structures sont considérables, certains centres suivant moins de 200 enfants, d’autres plus de 490.
2. Des disparités territoriales très marquées dans le recours aux CMPP
Le taux de recours national s’établit à 9 enfants pour 1 000, mais les situations départementales sont extrêmement contrastées. Certains territoires, comme la Nièvre ou la Charente‑Maritime, présentent des taux quatre fois supérieurs à la moyenne nationale, tandis que d’autres, comme le Rhône ou l’Isère, affichent des niveaux très faibles.
Ces écarts reflètent autant la densité de l’offre CMPP que la présence d’alternatives locales, notamment les professionnels libéraux ou les CAMSP. Ils montrent également l’importance de la structuration territoriale de l’offre de soins psychologiques et éducatifs pour les enfants.
3. Les nouveaux entrants : profils, orientations et scolarisation
En 2024, près de 59 200 enfants ont été reçus pour la première fois en CMPP. La majorité sont des garçons, et la moitié ont entre 6 et 10 ans. Les orientations proviennent principalement de l’Éducation nationale, qui représente un tiers des entrées, suivie des familles elles‑mêmes, qui sollicitent directement les CMPP dans un quart des cas. Les autres orientations émanent de la médecine libérale, des CAMSP, des services sociaux ou encore des structures médico‑sociales.
La quasi‑totalité des enfants de plus de trois ans sont scolarisés en milieu ordinaire, et une minorité bénéficie d’une scolarisation adaptée. Cette répartition est stable depuis plusieurs années.
4. Des délais d’attente en nette augmentation
L’un des constats les plus préoccupants concerne l’allongement des délais d’accès au premier rendez‑vous. Au 31 décembre 2024, près de 33 800 enfants étaient en attente d’une première rencontre avec un professionnel, soit une hausse de 30 % depuis 2017.
Parmi les enfants finalement reçus dans l’année, seuls 23 % ont obtenu un rendez‑vous en moins d’un mois, tandis que 35 % ont attendu plus de six mois. Les délais entre le premier rendez‑vous et le début des soins restent également significatifs : 40 % des enfants attendent entre un et six mois, et près d’un enfant sur cinq dépasse les six mois.
Ces délais varient fortement selon les territoires. Certains départements dépassent les 75 % d’attente longue, quand d’autres parviennent à maintenir des délais très courts. Ces écarts montrent l’impact direct de la densité de l’offre CMPP sur l’accès aux soins.
5. Une activité CMPP stable mais plus dense
Malgré la baisse de la file active, les CMPP maintiennent un niveau d’activité élevé. En 2024, ils ont réalisé près de 2,85 millions de séances et 2,97 millions d’actes, soit environ 20 séances et 21 actes par enfant. Le taux d’absences demeure stable, autour de 18 % des actes programmés.
Par ailleurs, 64 % des enfants ont bénéficié d’au moins une synthèse annuelle, un indicateur important de la qualité du suivi, même si ce taux est légèrement en baisse par rapport à 2017.
6. Des durées d’accompagnement plus longues
Les durées de suivi s’allongent nettement. En 2024, seuls 34 % des enfants dont le dossier a été clos ont été suivis moins d’un an, contre 38 % en 2017. Les suivis de trois à cinq ans et ceux de plus de six ans sont en progression, traduisant une intensification des prises en charge et une complexification des situations rencontrées.
Cette évolution contribue à la baisse de la file active : les places se libèrent moins rapidement, ce qui accentue les délais d’attente.
7. Profil clinique des enfants suivis
Au 31 décembre 2024, près de 109 000 enfants étaient en cours de suivi, avec une moyenne d’âge de 10,4 ans. Parmi eux, 74 % étaient engagés dans un traitement, 20 % en diagnostic, et 6 % n’avaient été vus qu’une seule fois.
Les suivis intensifs progressent : 10 % des enfants ont désormais trois rendez‑vous ou plus par semaine, contre moins de 5 % en 2017. Les diagnostics montrent une forte présence des troubles du développement, des troubles névrotiques et des troubles des conduites, tandis que 28 % des enfants n’ont pas encore de diagnostic posé.
Les facteurs environnementaux jouent également un rôle important : 59 % des enfants suivis présentent au moins un facteur de vulnérabilité, qu’il s’agisse d’un contexte familial particulier, de carences éducatives ou d’événements marquants.
8. Une évolution majeure à venir : l’adoption de la CIM‑11
La CNSA annonce une transition importante pour 2025 : l’adoption de la classification internationale des maladies (CIM‑11) dans les rapports d’activité. Cette évolution vise à mieux refléter les troubles rencontrés et à harmoniser les pratiques au niveau national.
Source : CNSA, Repères statistiques n°28, activité des CMPP en 2024.