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Proche aidant et personne âgée

Moins de proches aidants pour des besoins croissants

La DREES vient de publier dans sa rubrique études et résultats de juin un article concernant les proches aidants. Elle note ainsi qu'entre 2008 et 2022, la France métropolitaine enregistre une diminution significative du nombre de proches aidants réguliers à la vie quotidienne. Selon la Drees, 340 000 aidants de moins sont recensés sur la période, soit une baisse de 6 %, alors même que les besoins d’aide à domicile augmentent (le nombre de personnes vivant à domicile déclarant avoir besoin d'aide pour les activités de la vie quotidienne a augmenté de 80 000 sur la période). 

Cette contradiction structurelle — moins d’aidants pour plus de besoins — constitue un enjeu majeur pour les politiques publiques, les acteurs médico‑sociaux et les organisations d’aide à domicile. En 2022, 5,3 millions de personnes de 16 ans ou plus sont identifiées comme proches aidants réguliers, contre 5,6 millions en 2008. La part des aidants dans la population passe ainsi de 10,1 % à 8,9 %.

Pour les professionnels, cette tendance interroge la capacité du système à absorber la montée en charge liée au vieillissement, à la chronicisation des pathologies et à la priorité donnée au maintien à domicile.

Des évolutions sociétales qui réduisent mécaniquement le vivier d’aidants

La baisse du nombre d’aidants ne reflète pas une moindre solidarité familiale, mais des transformations profondes des structures sociales. Le rapport indique ainsi que le recul de fécondité réduit mécaniquement le nombre d'enfants susceptibles d'aider leurs parents. Le nombre moyen d’enfants par personne ayant besoin d’aide passe en effet de 2,2 à 1,9.

Parallèlement, l’âge à la maternité augmente (31 ans en 2022), créant davantage de situations de « génération pivot » : des adultes qui doivent simultanément soutenir des parents vieillissants et élever leurs propres enfants.

Les configurations familiales évoluent également : la part des personnes vivant seules progresse de 13 % à 18 %, réduisant le nombre de conjoints potentiellement aidants. Le rapport précise que les conjoints représentent désormais 28 % des aidants, contre 24 % en 2008.

Enfin, la hausse du taux d’emploi chez les femmes et les 50–64 ans — catégories fortement représentées parmi les aidants — limite leur disponibilité pour l’aide informelle.

Un vieillissement marqué de la population des aidants

L’âge moyen des proches aidants augmente nettement : 55 ans et 4 mois en 2022, contre 52 ans et 11 mois en 2008. Le rapport souligne que cette évolution persiste « à caractéristiques comparables des aidants et des aidés » .

Ce vieillissement s’explique par :

  • l’allongement de l’espérance de vie sans perte d’autonomie,
  • la capacité accrue des personnes âgées à continuer d’aider un proche,
  • la diminution du nombre d’aidants plus jeunes.

Pour les professionnels, cela implique une vigilance accrue sur la santé des aidants, leur fatigabilité, et les risques de rupture dans les parcours d’aide.

Une intensification de l’aide : plus de tâches, plus d’heures, plus de charge

L’étude met en évidence une intensification nette de l’aide informelle. La part des aidants réalisant une seule tâche chute de 35 % à 21 %, tandis que ceux prenant en charge 3 à 7 types d’activités passent de 40 % à 51 %

Le volume horaire augmente également :

  • moins de 7 h/semaine : 55 % → 47 %,
  • 7 à 35 h/semaine : 37 % → 40 %,
  • 35 h ou plus : 8 % → 13 %.

Cette intensification est directement liée à l’augmentation des besoins des aidés, notamment dans les tâches de soins personnels et de mobilité.

Une aide toujours féminine, mais des tâches moins genrées

Aidant lectureLes femmes demeurent majoritaires parmi les proches aidants, représentant 57 % en 2022, une proportion stable depuis 2008.

Cette constance traduit la persistance d’un modèle culturel où les femmes restent les principales garantes du soutien familial et de la continuité des soins informels.

Toutefois, derrière cette stabilité apparente, la nature de leur engagement évolue : la répartition des tâches se rééquilibre progressivement, signe d’une transformation des rôles sociaux et d’une redéfinition des frontières entre sphères domestique et professionnelle.

Certaines activités historiquement féminisées — ménage, préparation des repas, accompagnement quotidien — voient leur part féminine reculer.

Le rapport de la Drees souligne que 54 % des aidants réalisant des tâches ménagères étaient des femmes en 2022, contre 76 % en 2008, soit une baisse de plus de vingt points.

Ce glissement illustre une normalisation du partage des responsabilités au sein des familles : les hommes s’impliquent davantage dans les tâches pratiques et dans les soins directs, tandis que les femmes tendent à diversifier leur rôle vers des fonctions de coordination, d’organisation ou de médiation avec les professionnels.

Cette évolution s’accompagne d’une montée en compétence des aidants masculins, notamment dans les domaines autrefois perçus comme féminins : aide à la toilette, gestion des rendez‑vous médicaux, suivi administratif. Les hommes deviennent plus présents dans les interactions avec les structures médico‑sociales, traduisant une appropriation plus égalitaire du rôle d’aidant. À l’inverse, les femmes, souvent confrontées à une double charge — emploi et aide familiale —, développent des stratégies d’adaptation : recours accru aux dispositifs de répit, organisation du temps, délégation partielle des tâches.

Cette recomposition des rôles ne se limite pas à une question de genre : elle reflète une mutation des représentations sociales de l’aide, désormais perçue comme une responsabilité collective plutôt que domestique. Les politiques publiques, en valorisant la reconnaissance du statut d’aidant et en promouvant la mixité des métiers du soin, contribuent à cette évolution. Le rééquilibrage observé ouvre la voie à une approche plus inclusive de l’accompagnement, où la compétence et la disponibilité priment sur le sexe de l’aidant.

Des implications fortes pour les professionnels du secteur médico‑social

Les tendances observées appellent une adaptation des pratiques professionnelles et des politiques d’accompagnement :

  • Renforcer les dispositifs de répit, notamment pour les aidants vieillissants ou en situation de multi‑aide.
  • Développer les solutions hybrides combinant aide professionnelle et soutien informel.
  • Accompagner les aidants actifs, particulièrement les femmes et les 50–64 ans, dans la conciliation emploi‑aide.
  • Intégrer les aidants dans les parcours de soins et d’accompagnement, conformément aux orientations de la stratégie nationale « Agir pour les aidants ».
  • Anticiper la hausse future des besoins, notamment liée à la progression attendue de la perte d’autonomie chez les personnes âgées.

Pour les établissements et services médico‑sociaux, ces évolutions constituent un enjeu stratégique : mieux comprendre les aidants, c’est mieux sécuriser les parcours des personnes accompagnées.

Conclusion

La baisse du nombre de proches aidants, combinée à l’intensification de l’aide et au vieillissement des aidants, crée une tension structurelle majeure pour le secteur médico‑social. Les professionnels doivent intégrer ces évolutions pour adapter leurs pratiques, renforcer les partenariats avec les aidants et contribuer à une réponse globale aux besoins croissants d’autonomie.

Pour en savoir plus : études et résultats, juin 2026