Établissements de santé en 2025 : activité, finances et dynamiques sectorielles – Analyse Drees 2026
La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publie en juillet 2026 une analyse détaillée de l’activité et de la situation financière des établissements de santé en 2025. Cette publication, Études et Résultats n°1380, met en lumière une année marquée par une progression globale de l’activité sanitaire, des évolutions contrastées selon les disciplines, et une amélioration relative du déficit hospitalier public, bien qu’il demeure à un niveau historiquement élevé. Pour les cadres du secteur sanitaire, ces résultats constituent un éclairage essentiel sur les dynamiques opérationnelles, financières et organisationnelles qui structurent le système de santé français.
1. Une activité hospitalière en hausse, mais contrastée selon les secteurs
L’année 2025 se caractérise par une augmentation générale de l’activité des établissements de santé, avec des variations significatives selon les disciplines et les statuts juridiques. Le court séjour (MCO) reste le moteur principal de cette croissance, tandis que le moyen séjour (SMR) progresse plus lentement et que la psychiatrie poursuit sa tendance à la baisse en hospitalisation complète et partielle.
Court séjour : forte dynamique portée par le secteur public
Le nombre de séjours en MCO augmente de 4,0 %, soit +0,8 million de séjours. Cette croissance est très largement tirée par l’activité ambulatoire, qui représente 89 % de la hausse totale. Les hôpitaux publics jouent un rôle central :
- +9,8 % de séjours ambulatoires (+0,4 million),
- +1,7 % en hospitalisation complète.
Les établissements privés lucratifs enregistrent une baisse de l’hospitalisation complète (-1,1 %), tandis que les établissements privés non lucratifs restent stables. Au total, les hôpitaux publics contribuent à 68 % de la hausse des séjours MCO, alors qu’ils réalisent 56 % de l’activité totale.
Moyen séjour : une reprise qui ralentit
En SMR, l’activité progresse de 2,0 %, après +2,6 % en 2024. L’hospitalisation complète augmente légèrement (+1,2 %), tandis que l’hospitalisation partielle reste dynamique (+6,2 %). Toutefois, l’activité globale demeure 1,6 % en dessous du niveau de 2019, signe d’une reprise encore incomplète après la crise sanitaire.
Les cliniques privées jouent un rôle majeur dans la croissance de l’hospitalisation partielle, représentant environ la moitié des journées et de l’augmentation observée en 2025.
Hospitalisation à domicile : une croissance soutenue
L’HAD poursuit son développement avec une hausse de 11,2 % des séjours (+37 000). Les établissements privés non lucratifs contribuent à 55 % de cette progression, en cohérence avec leur poids structurel dans ce mode de prise en charge. Le secteur public affiche également une forte croissance (+13,1 %).
Psychiatrie : poursuite du recul des hospitalisations
La psychiatrie confirme une tendance préoccupante :
- -2,3 % de journées en hospitalisation complète ou partielle,
- -0,4 million de journées à temps complet,
- baisse marquée dans le secteur public (-2,3 %).
Les prises en charge à temps partiel diminuent pour la première fois depuis le rebond post‑Covid. Seules les cliniques privées enregistrent une légère hausse (+1,8 %), liée à l’augmentation de leurs capacités (+49 % de places entre 2019 et 2024).
Les actes ambulatoires progressent (+2,5 %), portés par le secteur public. La réforme des autorisations de psychiatrie (2024‑2025) devrait ouvrir davantage l’ambulatoire aux cliniques privées dans les années à venir.
Urgences : une hausse modérée des passages
Les structures d’urgences enregistrent +0,8 % de passages, atteignant 21,5 millions en 2025. Cette progression intervient malgré la généralisation du Service d’accès aux soins (SAS) et les mesures de régulation mises en place dans certaines régions.
Les évolutions régionales sont contrastées :
- fortes hausses en Guyane (+6,4 %), Grand Est (+2,5 %), Hauts‑de‑France (+2,1 %),
- baisses en Corse (-4,4 %), Guadeloupe (-3,8 %), Bourgogne‑Franche‑Comté (-1,9 %).
2. Finances hospitalières : un déficit en baisse mais toujours élevé
La Drees estime le déficit global des hôpitaux publics à 2,1 % des recettes, contre 2,7 % en 2024.
« Le déficit global des hôpitaux publics atteindrait 2,1 % de leurs recettes en 2025 »
Cela représente un résultat net de -2,3 milliards d’euros, troisième niveau le plus élevé depuis 2005.
Amélioration relative du résultat d’exploitation et repli des investissements
Le résultat d’exploitation s’établit à -1,9 % des recettes, soit -2,1 milliards d’euros, en amélioration par rapport à 2024.
Les charges d’exploitation augmentent moins vite qu’en 2024 (+2,9 % contre +3,9 %), tandis que les produits progressent de manière dynamique (+3,6 %).
Les charges de personnel ralentissent (+3,0 %), notamment en raison de l’absence de mesures générales de revalorisation salariale en 2025. Les charges médicales augmentent de 3,3 %, après +8,5 % en 2024.
L’effort d’investissement atteint 4,8 % des recettes, contre 5,1 % en 2024 et 5,4 % en 2023. Les hôpitaux publics investissent environ 5,4 milliards d’euros en 2025.
Les accords du Ségur de la santé ont déjà permis le versement de 4 milliards d’euros sur les 6,5 milliards prévus pour le désendettement.
Dette et capitaux permanents : une situation paradoxale
L’encours de la dette diminue à 27,1 % des recettes (30 milliards d’euros). Cependant, le ratio d’indépendance financière se dégrade, atteignant 46,8 %, en raison de la baisse continue des capitaux permanents (-1,7 %).
3. Ressources humaines : une progression des effectifs
Les effectifs hospitaliers augmentent de 1,0 %, soit :
- +9 000 salariés dans le public,
- +5 400 dans le privé.
Cette hausse confirme une dynamique positive amorcée en 2023, malgré les tensions persistantes sur certains métiers critiques.
Conclusion
L’analyse de la Drees montre que 2025 est une année de transition pour les établissements de santé : l’activité progresse, l’HAD se renforce, la psychiatrie se reconfigure, et les finances publiques hospitalières s’améliorent légèrement sans retrouver un équilibre durable. Les investissements se stabilisent après les apports du Ségur, tandis que les effectifs continuent de croître. Pour les cadres du secteur sanitaire, ces résultats soulignent l’importance de piloter finement les trajectoires financières, d’accompagner les transformations organisationnelles et de consolider les capacités d’attractivité des établissements dans un contexte encore fragile.