Médecins généralistes et vulnérabilité sociale
Publication : mercredi 7 novembre 2018

Médecins généralistes et patients en situation de vulnérabilité sociale

Proches de leur patient, les médecins généralistes sont à même, en cas de situation de vulnérabilité sociale et d’obstacle au suivi du parcours de santé, de leur proposer une prise en charge différenciée. Cette pratique n’est toutefois pas systématique, par manque de formation sur ces dimensions, difficultés de communication, surcharges administratives,…

L’enquête présentée par la DREES interroge ainsi les médecins sur leur perception de la vulnérabilité sociale, sur leur rôle dans la prise en charge de ce type de patient, les difficultés qu’ils peuvent rencontrer, leur besoin en termes de formation, leur relation avec les autres professionnels du territoire. Cette enquête a été réalisée entre les mois de mars et de mai 2017. Ses résultats viennent confirmer ceux d’autres enquêtes.

Des difficultés de prise en charge

Il ressort de cette enquête que les ¾ des médecins généralistes constatent une plus grande difficulté à prendre en charge des patients en situation de vulnérabilité sociale.

D’un point de vue clinique, plus de 80 % des praticiens notent ainsi souvent la multiplicité de problèmes de santé chez un même patient, une observance thérapeutique difficile, et souvent un recours aux soins qui est tardif.

Ils font également état d’une durée de consultation plus importante, d’une coordination insuffisante entre secteurs sociaux et médicaux, et un travail administratif important. Leurs observations sont constantes quel que soit le sexe du patient.

L’enquête a également permis d’interroger les praticiens sur la part que représentent les personnes en situation de vulnérabilité sociale dans leur patientèle. 20 % des médecins l’évalue à plus de 10 %.

Cette perception varie toutefois selon les médecins. Elle est ainsi plus importante chez les praticiens les plus jeunes, chez qui réalisent le plus d’actes, chez ceux qui exercent à Paris, et chez les médecins femmes.

Un peu moins de la moitié des médecins interrogés ont indiqué que dans la semaine précédant leur réponse, ils avaient été en contact avec une structure médico-sociale ou sociale pour prendre en charge un de leur patient.

Les médecins interrogés ont pu également caractériser le dernier patient en situation de vulnérabilité qu’ils avaient reçu en consultation. De façon plus fréquente, il s’agissait d’un patient homme, dont la tranche d’âge se situait entre 45 et 59 ans, et qu’ils suivent depuis au moins 5 ans. L’état de santé de ce patient est apprécié comme médiocre/mauvais.

La majorité des praticiens estiment que les conditions de vie que peut rencontrer ce patient influencent son état de santé. Parmi les critères de vulnérabilité sociale, les médecins généralistes retiennent surtout les critères économiques, notamment l’insuffisance de revenus permettant de répondre aux besoins primaires du ménage ou ceux du patient, l’isolement social, et des difficultés d’emploi.

Il peut être également noté des problèmes de logement, ou une protection sociale insuffisante.

Quel rôle pour le médecin généraliste ?

Près de 90 % des praticiens pensent que face à un patient en situation de vulnérabilité sociale, il leur appartient d’adapter leur relation avec lui.

DREES Medecins vulnerabilite sociale min

Ils sont également 80 % à estimer qu’ils doivent procéder au repérage systématique des patients vulnérables, et adapter leur prise en charge biomédicale.

Les médecins interrogés estiment en revanche pour une bonne partie d’entre eux, qu’il ne leur appartient pas d’organiser les collaborations interprofessionnelles avec le secteur médico-social ou social, ni d’accompagner leur patient dans des démarches administratives ou d’accorder des aménagements financiers.

Il faut noter que les praticiens ayant été confrontés aux situations de vulnérabilité sociale (exercice en structure médico-sociale, …) s’attribuent une plus grande diversité de rôles.

Les médecins sont près de 90 % à recueillir souvent des informations sur la situation sociale d’un nouveau patient.

Ils sont plus d’un sur deux à estimer être formés insuffisamment pour prendre en charge de façon satisfaisante un patient en situation de vulnérabilité sociale, notamment sur des aspects de connaissance des dispositifs sociaux.

La confrontation régulière à la vulnérabilité sociale dans la patientèle atténue les difficultés et le besoin de formation que peut ressentir le médecin.

Ainsi, l’enquête publiée par la DREES identifie 3 types de médecins, en fonction de leur façon d’appréhender la vulnérabilité sociale :

  • Le premier groupe (plus de la moitié des praticiens), considère qu’il est peu confronté aux patients en situation de vulnérabilité sociale mais qu’il est en difficulté pour prendre en charge ce type de patient.
  • Le second groupe (un tiers de médecins), est davantage confronté à ces situations, et s’estime moins en difficulté.
  • Le troisième groupe (15 % des praticiens), composé de généralistes plus âgés et exerçant plus fréquemment seuls, se déclare moins concerné et moins en difficulté.

 

Pour en savoir plus : Prise en charge des patients en situation de vulnérabilité sociale : opinions et pratiques des médecins généralistes - Études et Résultats, n°1089, Drees, octobre