Conditions de travail
Publication : lundi 27 novembre 2017

Conditions de travail et arrêts maladie à l'hôpital

La DREES vient de publier une étude concernant les arrêts maladie en secteur hospitalier, et qui mesure notamment l’influence des conditions de travail, de la profession et du sexe sur ces arrêts maladie. Elle s'appuie sur l'édition 2012-2013 de l'enquête sur les conditions de travail (celle-ci étant réalisée tous les 7 ans).

Cette étude met en évidence l’influence des conditions de travail sur le recours aux arrêts maladie, notamment l’exposition aux contraintes physiques. Elle vient ainsi rappeler l'importance des démarches qualité de vie au travail en secteur hospitalier.

Un recours important aux arrêts de travail en secteur hospitalier

On observe depuis de nombreuses années que le secteur hospitalier est davantage touché par les arrêts maladie que les autres secteurs, l’absentéisme étant supérieur par exemple à celui du secteur privé ou de la fonction publique d’état.

On recense ainsi 10 jours d’absence pour maladie par an et par salarié du secteur hospitalier, alors qu’il s’élève à 7,9 jours/an si l’on prend la moyenne des autres secteurs d’activité.

Le secteur hospitalier se caractérise par l’existence des mêmes activités pour des personnes exerçant en secteur privé et public, et des conditions d’indemnisation différentes lors d’un arrêt maladie.

Ainsi, les personnels des hôpitaux et cliniques privés, tout comme les personnels de la fonction publique hospitalière bénéficient du maintien du salaire en cas d’arrêt maladie. Toutefois, ce maintien n’intervient qu’après des délais de carence qui diffèrent entre secteur privé et public.

Ce délai de carence était d’une journée entre 2012 et 2014 pour la fonction publique, de 3 jours pour les salariés du privé non lucratif, et non cadre du privé à but lucratif. Seuls les salariés cadres exerçant dans le secteur privé à but lucratif n’ont pas de délai de carence.

L’étude de la DREES précise que plusieurs études internationales ont montré que la présence d’un délai de carence ne réduisait pas la durée totale des arrêts maladie (du fait d’une augmentation des arrêts longs).

Il a ainsi été montré que la mise en place de la journée de carence dans la fonction publique d’état en France avait diminué la fréquence des arrêts courts, mais accru celle des arrêts longs.

L’étude de la DREES montre que le recours aux arrêts maladie est similaire dans le secteur hospitalier privé et le secteur public. Ainsi, dans le public, on observe 10,2 jours d’arrêt maladie /an et par agent, contre 9,6 dans le privé (un peu plus dans le privé non lucratif avec 11 jours par an).

La fréquence ou la durée totale d’absence sont ainsi similaires entre les secteurs, à structure de main d’œuvre, conditions de travail et santé du personnel comparables.

Les types d’indemnisation, de protection de l’emploi, motivations, valeurs spécifiques à chaque secteur (public ou privé) n’ont ainsi pas d’effet sur le recours aux arrêts maladie (ou des effets qui se neutralisent).

L’impact des conditions de travail

Différentes études ont montré que la pénibilité du travail exercé par les professionnels du secteur hospitalier jouerait un rôle important dans la survenue des arrêts de travail.

La difficulté des conditions de travail, que ce soit dans un établissement public ou privé, s’explique notamment par les contraintes physiques (charge de travail importante, …), psychosociales (souffrance des patients, tensions avec le public, ..), le travail de nuit, …

Les répercussions en cas d’absence de professionnels hospitaliers sont importantes, tant au niveau de la charge et l’organisation du travail qu’au niveau de la continuité des soins.

Les conditions de travail déterminent, comme en atteste de nombreuses études, le recours aux arrêts maladie.

L’étude de la DREES vise à savoir si les conditions de travail expliquent les disparités de fréquence des arrêts de travail observées entre les professionnels.

DREES arret maladie secteur hospitalier

La DREES note que si les conditions de travail sont similaires entre public et privé, elles diffèrent entre professions. Il apparaît que la fréquence des arrêts maladie est variable selon la profession (plus importante pour les agents d’entretien, devant les AS puis les IDE, les médecins ou personnel administratifs).

En secteur hospitalier, les conditions de travail entre professionnels diffèrent essentiellement sur les aspects d’exigences émotionnelles (aspect concernant notamment les soignants), les contraintes physiques (concernant moins les personnels administratifs), les contraintes horaires (en lien avec la continuité des soins), … La DREES avait d'ailleurs montré les spécificités des conditions de travail des soignants en s'intéressant à leur situation en EHPAD.

L’étude de la DREES montre que lorsque les conditions de travail sont prises en compte dans les modèles permettant d’estimer les facteurs de recours aux arrêts maladie, on n’observe pas d’écart significatif entre les familles professionnelles.

Les auteurs estiment ainsi que la différence de recours aux arrêts maladie s’explique par la différence des conditions de travail.

Parmi les facteurs en lien avec les conditions de travail, le fait de rester longtemps debout, la réalisation de mouvements douloureux ou fatigants expliquent des fréquence d’arrêt de travail plus élevées, devant les exigences émotionnelles.

Le niveau de salaire est noté par les auteurs comme n’ayant pas d’influence sur les arrêts maladie.

L’étude confirme ainsi ainsi l’importance des conditions de travail sur le nombre d’arrêts maladie.

Les femmes ont un taux d’absentéisme différent des hommes en fonction de l’âge : il est similaire chez les plus de 45 ans, et supérieur chez les moins de 45 ans. Les grossesses expliqueraient ces écarts.

 

 Pour en savoir plus : Arrêts maladie dans le secteur hospitalier : les conditions de travail expliquent les écarts entre professions (Études et Résultats, n°1038, Drees)