Chirurgie robot assistée
Publication : vendredi 6 janvier 2017

Pas de valeur ajoutée de la robot-chirurgie pour le cancer de la prostate

La HAS vient de procéder à l'évaluation des dimensions clinique et organisationnelle de la chirurgie robot-assistée dans le cadre d’une prostatectomie totale.

Essor de la chirurgie robotique

Depuis plus de vingt ans, on observe un fort développement de la chirurgie robotique, aussi bien en urologie, qu’en gynécologie, oto-rhino-laryngologie, ou encore chirurgie abdominale, thoracique,…

Cette technique constitue d’ailleurs souvent un argument commercial vis à  vis des patients. Le nombre d’établissements de santé équipés d’un robot chirurgical a ainsi doublé en moins de cinq ans, passant de 39 en 2011 à 84 en 2015.

Le marché est essentiellement détenu par l’entreprise Intuitive Surgical, avec un dispositif comprenant une console manipulée par le chirurgien, un chariot robotisé équipé de caméras et instruments endoscopique, et un système déporté d’imagerie.

Cet équipement nécessite, outre son coût (environ 2 millions d’euros) de prendre en compte certaines contraintes (organisation du bloc opératoire, consommables, adaptation de la stérilisation,…).

Comme dans de nomreux pays, l'essor de cette technique s'est toutefois réalisé sans études ou règles d'organisation et d'accès aux soins.

Chaque année près de 20 000 prostatectomies totales sont réalisées dans les établissements de santé français, par chirurgie ouverte ou laparoscopie (cœlioscopie) conventionnelle ou robot assistée.

Cette dernière technique aurait représenté près de 40 % des prostatectomies totales en 2015.

Une absence de plus value pour la prostatectomie totale

La chirurgie robot assistée a été évaluée par la HAS, qui indique qu’elle peut constituer, en cas de cancer de la prostate localisé une des modalités de prostatectomie totale, sans toutefois présenter de plus-value par rapport aux autres techniques.

L’amélioration du service rendu est en effet mineure au regard d’une prostatectomie totale par chirurgie ouverte (diminution des pertes sanguines, durée d’hospitalisation moindre), et inexistante par rapport à une prostatectomie par laparoscopie conventionnelle.

Les études conduites n’ont en effet pas montré de supériorité du robot, que ce soit sur les critères fonctionnels (risque d’incontinence urinaire, troubles de l’érection) ou carcinologiques (risque de récidive du cancer, mortalité).

La Has a cependant émis un avis favorable à son inscription au remboursement pour le traitement du cancer localisé de la prostate.

Cette évaluation conduite par la Haute Autorité de Santé s’est appuyée sur une analyse de la littérature scientifique, le recueil d’informations auprès des ARS, des professionnels de santé, du fabricant, d’associations de patients, de fédérations hospitalières privées et publiques.

Cette technique nécessite par ailleurs, outre une formation de l’équipe, une adaptation de l’organisation sur les aspects de gestion des risques, gestion de l’instrumentation chirurgicale, agencement du bloc opératoire. 

Ces exigences sont d’ailleurs reprises dans l’avis de la HAS, qui impose le respect de ces dispositions (formation, procédures et système d’assurance qualité, planification du bloc opératoire, …).

La HAS insiste également sur la nécessité de permettre au patient de disposer d’une information claire et loyale, en particulier sur les différentes techniques possibles de prostatectomie totale, et l’incertitude concernant la valeur ajoutée de recourir à une technique robot-assistée.

La Haute Autorité de Santé préconise également un suivi à long termes des patients concernés et de cette pratique, avec la mise en œuvre de registres dédiés.

 

Pour en savoir plus : Évaluation des dimensions clinique et organisationnelle de la chirurgie robot-assistée dans le cadre d’une prostatectomie totale